— Les rencontres de Françoise Lemarchand —

Brigitte & Patrick Baronnet

« On a fait de notre vie un laboratoire. La maison autonome, beaucoup en parlent, mais nous, on l’a mis en pratique !  »
Brigitte et Patrick Baronnet
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Avant-propos

Brigitte et Patrick Baronnet… Voilà un couple pas ordinaire, sorte de dinosaures dans notre monde si « branché ». Et pourtant… ils sont pour moi de vrais avant‑gardistes. Je les ai rencontrés à plusieurs reprises lors de colloques, week‑ends ou séminaires tels que « les Entretiens de Millancay » ou ceux du Centre Ayurvédique de Tapovan en Normandie. J’étais très intriguée par ce couple, dont on m’avait dit qu’ils avaient créé il y a 30 ans la première maison autonome. Qu’est‑ce‑que cela voulait dire au juste ? Je me méfie un peu des babas cool et de leurs toilettes sèches. Revenir à l’époque de la bougie ou faire partie des décroissants ne me semble pas être la solution. Aussi décidais‑je de lire leur livre De la Maison autonome à l’économie solidaire. Leur démarche très holistique m’a tout de suite plu même si je serais personnellement incapable de me lancer dans une telle aventure !
Pratiquant le développement durable depuis 40 ans (40 ans de mariage !), ils ont tracé un chemin et ont essaimé : plus de 70 000 visiteurs, des articles dans la presse, des émissions de télé… Et aujourd’hui des stages écologiques ouverts à tous. Et plus jamais de facture d’électricité ou d’eau à payer !
J’aime le rayonnement de ce couple joyeux qui a réussi un vrai et sincère projet de vie. J’admire leur engagement, leur quête spirituelle et la transmission qu’ils assurent. Ils incarnent pour moi la sobriété joyeuse.

Comment votre aventure a-t-elle commencé ?

Brigitte et Patrick : Nous avions vingt ans en 1968 et nous voulions quitter Paris. Très vite est venue l’idée d’être autonome, mais il y a une différence entre la prise de conscience et le passage à l’acte. Nous, nous sommes passés à l’acte en essayant de créer une alternative qui n’existait absolument pas à cette époque. Cette aventure a été une véritable passion. Nous avons essuyé pas mal de difficultés, mais nous avons réussi à les surmonter. Au fond, c’est comme dans un shaker, il faut mélanger les bons ingrédients ! Passer à l’acte comporte toujours un risque, mais ce risque est compensé par la confiance en l’aide qui nous est apportée de là‑haut. Nous sommes des êtres « miraculeurs ».
« Demandez et vous recevrez », ça marche !

« Là-haut », c’est Dieu ?

Brigitte et Patrick : C’est le Grand Tout, l’universel, un ange gardien, peu importe le nom ! C’est une puissance en laquelle on a confiance. Notre histoire est une succession de miracles. Nous avions envie de faire quelque chose et l’on a été « ex‑haussés » : c’était plus grand que nous. Mais cela ne se fait pas tout seul, c’est un boulot spirituel et concret. On a cristallisé notre rêve dans la matière, car la matière et l’esprit sont indissociables.

« Nous sommes des sortes de chercheurs en mode de vie alternatif, des pionniers multicartes. »

Vous étiez très avant‑gardistes à l’époque.

Brigitte : Nous étions liés à Brice Lalonde et Pierre Samuel, qui étaient de grandes figures de l’écologie. Nous écrivions des articles dans la revue Oxygène, et, avec un groupe de copains, nous étions proches des Amis de la Terre. Ce qui était important pour moi était d’être en cohérence. Vivre à la campagne était un choix, ce n’était pas parce qu’on n’avait pas le choix. On n’avait jamais fait de jardin, on a appris sur le tas ! On a vécu avec nos quatre enfants avec un demi‑salaire, une vieille 4L et une mobylette pendant dix-sept ans.
Ce qui est important quand on s’installe à la campagne, c’est de connaître le milieu social et de s’y intégrer. Nous, on a fait profil bas, on ne s’est pas imposés. Quand nous sommes arrivés à Chateaubriand, nous avons travaillé avec une association de ruraux sur l’habitat, l’éducation, l’alimentation. Evidemment, quand on a mis des capteurs solaires sur le toit de notre maison et qu’on a ouvert une coopérative bio, on est passé pour des gens bizarres !

Patrick : Nous voulions vivre volontairement avec peu. Nous savions qu’on pouvait s’en sortir avec un demi salaire parce qu’on était autonomes pour l’habitat, la nourriture, l’eau et l’électricité. On a fait de notre vie un laboratoire. C’était aussi très politique : Brigitte et moi partagions le travail. Beaucoup en parlent, mais nous, on l’a mis en pratique ! Finalement, nous sommes des sortes de chercheurs en mode de vie alternatif, des pionniers multicartes. Car il faut être ingénieur pour fabriquer une éolienne, agriculteur pour se nourrir, et puis apprendre à transmettre, à faire des conférences, à répondre à des interviews. On a eu la chance d’avoir des atouts physiques, mentaux et spirituels dès le départ.

« Nous avons commencé par construire la vie que l’on désirait et comme ce modèle était viable, on a voulu que d’autres puissent profiter de notre expérience. »

Pour vous, changer le monde, c’est d’abord balayer devant sa porte, puis donner l’exemple...

Brigitte et Patrick : Nous ne faisons pas une action ponctuelle. Nous agissons avec le temps et la cohérence. C’est un arbre qui grandit parce qu’il a un germe. Nous voyons beaucoup d’initiatives menées avec tambours et trompettes qui font « plouf » parce qu’elles ne sont pas reliées. Nous, nous avons commencé par construire la vie que l’on désirait et comme ce modèle était viable, on a voulu que d’autres puissent profiter de notre expérience. En fait, nous avons fait de la politique sans perdre de temps dans les couloirs de l’Elysée. On a agi, notamment concernant la fabrication de toilettes sèches. On a été reconnus sur le tard, mais à partir du moment où l’on passe à la télé, le tapis rouge se déroule… Nous serons toujours des fers de lance.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Patrick : La nature, la musique, mais aussi les sciences. Nous sommes des scientifiques pragmatiques. L’empirisme, c’est une science ! Nous observons et nous en tirons des conclusions. Notre démarche est dans l’hypothético‑déductif.

Brigitte : Je suis très inspirée par la communauté de Findhorn, en Ecosse. Comme eux, avant de commencer notre journée de travail, nous méditons. Nous avons créé un jardin pour les fées dans lequel on a planté des arbres. On n’y pénètre pas car c’est un lieu sacré réservé aux esprits. Je crois à l’intuition, aux émotions féminines. Les hommes aussi ont leur côté féminin, et les femmes sont capables, comme eux, de prendre les choses en main. Nous sommes complémentaires.

Concrètement, quelles sortes de techniques adoptez-vous ?

Patrick : Il y a toute une philosophie dans les choix que nous faisons. Nous optons pour des techniques simples afin de nous simplifier la vie. Par exemple, on privilégie le bois plutôt que le Placoplâtre® parce que c’est très compliqué d’installer un interrupteur ou un cadre sur du Placo®, alors qu’avec du bois, il suffit d’un clou ! C’est une philosophie de la simplicité de la technique. Avec la plomberie, c’est pareil, c’est archi simple ce que l’on fait, on travaille avec notre bon sens et ça marche ! Dans nos stages de construction de capteurs solaires, on propose là aussi un produit simple, propre et fini.

Brigitte : Si l’on parle de « maison autonome », c’est qu’on est d’abord autonome dans notre pensée, nous n’avons pas de parti pris. Nous essayons de rendre les gens autonomes, ce qui est extrêmement politique car nous sommes beaucoup plus dangereux que des gauchistes ou des terroristes. Quand on fait un bras d’honneur au système ou qu’on le scie à la base, sans aucune violence, c’est comme si l’on disait « Ça suffit maintenant, nous n’avons plus besoin de vous ! » Mais nous ne sommes pas « contre ». Nous avons créé un logo qui reprend les formules « Oui aux énergies renouvelables » et « Libres et responsables ».

« Au départ, notre but était de faire le tour du monde. En fin de compte, c’est le monde qui est venu à nous. »

La responsabilité est donc un élément important pour vous.

Brigitte : C’est essentiel. Quand tu fais toi‑même, tu deviens de plus en plus responsable. Quand tu fais faire et que tu es assisté, tu oublies. Quand tu tires la chasse d’eau, tu oublies que c’est un agent municipal qui va passer derrière toi. Quand tu achètes des boîtes de conserve au supermarché, tu ne sais pas d’où elles viennent, mais tu vas bosser toute ta vie pour les payer. Alors plutôt que de déléguer notre argent aux banques ou notre production à des tiers, nous essayons d’avoir un maximum de prise entre production et consommation, le plus possible de production locale et le minimum d’intermédiaires. C’est ça le monde de demain !

Patrick : Parallèlement à l’effondrement du système, on assiste à une prise de conscience. Je suis persuadé que de plus en plus de gens créeront des îlots de survie. Des organisations locales de deux mille à trois mille personnes montreront que cela fonctionne.

Au fond, vous êtes des aventuriers…

Brigitte : C’est vrai, d’autant qu’au départ, notre but était de faire le tour du monde. En fin de compte, c’est le monde qui est venu à nous. Nous avons reçu 70 000 personnes chez nous ! Nous sommes convaincus que l’imagination sauvera le monde. La fête, la joie, la danse, la musique sont aussi au cœur de nos actions.

Quels sont vos espoirs ?

Patrick : Je ne sais pas si j’ai de l’espoir, mais j’ai de l’espérance, ce qui veut dire que, quoi qu’il arrive, j’ai toujours confiance. Je ne suis pas dépendant des événements. Je suis convaincu que l’humanité est condamnée à s’en sortir par le haut, que nous développerons de nouvelles facultés extraordinaires, comme la télépathie. Si l’on parle par métaphore, on ne sera plus des rampants, mais des oiseaux. L’invisible est en train de descendre sur Terre et nous allons devenir des hommes‑dieux. Quand ? Je n’en sais rien, mais ça viendra, car l’homme est quelque chose de magnifique. C’est parce que nous n’avons pas su reconnaître notre potentiel que nous en sommes là où nous en sommes aujourd’hui, par manque de confiance et de conscience.

Brigitte : Ce qui me donne de l’espoir et de l’espérance, c’est de voir combien les jeunes sont sensibles à la méditation, à sentir les choses par eux‑mêmes et à agir en conscience selon leur intime conviction. Il y a chez eux une créativité et une faculté d’innovation extraordinaires. J’ai confiance, ils ont pris le relais !

Avez-vous une phrase qui vous accompagne ?

Brigitte et Patrick : Notre devise c’est « Small is beautiful ». LA phrase, c’est aussi « Nous sommes le changement que nous souhaitons voir dans le monde ». « Aide‑toi et le ciel t’aidera », ça marche bien aussi, même s’il faut se donner des coups de pied aux fesses !

Quel serait votre message pour les générations futures ?

Brigitte et Patrick : Comme le disait Jacques Brel : « Si tu aimes la vie, risque-la ».